Dacia "papouk" (la "pantoufle")

Publié le par Association Franche-Sylvanie

Vétuste, l'usine Daciade Mioveni produisait des voitures que plus personne ne voulait acheter. En reprenant la marque, Renault n'imaginait pas quels profits il allait en tirer. La gamme surfe sur la vague du véhicule bon marché. Et les rémunérations qui, en France, feraient hurler, sont considérées comme une aubaine en Roumanie.


Robuste comme un char soviétique, capable d'affronter les chemins défoncés des Carpates, ce petit pick-up peut emmener une famille au marché avec, dans le plateau, une pleine cargaison de pastèques.

Tout ça, sur une base de Renault  12 qui était également déclinée, du temps de Ceausescu, en berline, break, coupé sport, etc. Belle démonstration du génie inventif de l'homme quand la pénurie le force à trouver des solutions.

Des « Papouks », on en croise encore sur les routes roumaines. Mais de moins en moins. L'entreprise Dacia a tourné la page. Et de quelle façon ! On ne donnait pas cher de sa peau quand, moribonde, le gouvernement de l'après-communisme l'a proposée au plus offrant. Ses ateliers avaient trente ans de retard. La marque était totalement larguée.

Pourtant, des repreneurs se sont présentés, dont Renault et Volkswagen. « On a fait voter le personnel. Qui voulez-vous ? Les Français ou les Allemands ? Renault a gagné haut la main. Les Allemands sont très pragmatiques. Mais vous les Français, on vous connaissait. On vous trouve plus simples. On est des Latins, comme vous », se souvient Ion Iordache, numéro 2 du très puissant syndicat SAD.

Des regrets d'avoir choisi la marque au losange ? Fin sourire du syndicaliste. « Non... Mais de toute façon, on n'avait pas le choix. » Douze ans ont passé depuis le mariage, célébré fin 1999. L'usine de Mioveni, qui employait 18 000 personnes à l'arrivée des Français, n'en fait plus travailler que 8 500. Mais les modèles qu'elle produit sont des succès planétaires. Logan, Duster, Sandero... 90 % de la production est exportée.

Et pas seulement dans les pays émergents, comme on le pensait au départ. Les ateliers tournent à plein régime : « 315  000 véhicules produits en 2011 », se flatte Jérôme Olive, le patron de Dacia, qui rêve de pousser les chaînes à leur optimum : 350 000 voitures par an.

Dacia pèse aujourd'hui 4 % du produit intérieur brut roumain. Une réussite industrielle, mais aussi une politique de rémunération hors norme pour le pays. « Le plus petit salaire chez nous ¯ 450 € ¯ est supérieur au salaire moyen roumain », assure Jérôme Olive.

George, 26 ans, était magasinier dans un supermarché quand il a été embauché comme cariste, en 2005.

Une poule aux oeufs d'or

« Il y a beaucoup de demandes mais peu de places. Le jour où on m'a pris, j'ai été très heureux », dit le jeune homme. Il est marié, bientôt père et a réalisé le rêve de tous les Roumains : avoir sa maison. Avec 550 € par mois, il s'estime bien payé. Mais a quand même un second boulot pour honorer les traites de la banque.

« Le groupe Renault a fait une bonne affaire en venant ici. Cela faisait trente ans qu'on fabriquait des voitures, on avait un savoir-faire. Maintenant, il faudrait qu'il partage mieux l'argent qu'il gagne. 70 millions d'euros de bénéfices en 2011. C'est quand même grâce à nous s'il n'est pas dans le rouge ! », recadre Ion Iordache.

Augmenter les salaires ? Le syndicaliste n'est pas fou. Il ne demandera jamais la lune, conscient qu'à trop obtenir, il pourrait tuer la poule aux oeufs d'or. « Ce que l'on veut, c'est le meilleur salaire roumain. Pas un salaire à l'occidentale. » Une grève plutôt dure avait tendu les rapports, en 2008. Depuis, plus un seul mouvement social. « On a montré notre force, cela a payé », dit Ion Iordache. De fait, en cinq ans, les salaires ont doublé.

À Mioveni, la petite ville où l'usine est construite, la vie a bien changé ces dix dernières années. Du dénuement, la population est passée à une relative aisance. En contrebas du site industriel, des pavillons continuent de sortir de terre.

Depuis 2005, leur nombre aug-mente chaque année de 10 %. Des hôtels ont ouvert, les bâtiments publics ont été rénovés. « Dacia nous verse 4,5 millions d'euros par an, soit les deux tiers de nos recettes fiscales. Nous sommes devenus une ville prospère », se réjouit Ion Georgescu, le maire. Là encore grâce aux salaires. « Un ouvrier de Dacia gagne deux fois plus qu'un employé municipal », dit l'élu.

Seule ombre à ce radieux tableau : la délocalisation au Maroc. C'est dans la région de Tanger qu'est fabriqué le dernier né de la gamme, le monospace Logdy. « Les salariés l'ont mal pris », reconnaît Jérôme Olive. Dès qu'il le peut, il ne manque pas de rappeler que la recherche est restée roumaine et qu'une partie des pièces est fabriquée à Mioveni.

N'empêche, cette délocalisation a été perçue comme « une mauvaise nouvelle », confirme le maire qui militait pour un agrandissement de l'usine. Mais ainsi le veut la logique low cost : il y a toujours moins cher ailleurs.

Source: www.ouest-france.fr

Commenter cet article